À la fin du premier trimestre 2025, la dette publique française s’établit à 3 345,8 milliards d’euros, soit 114 % du PIB.
Pour lutter contre cet aggravation du déficit public, le Premier ministre François Bayrou a détaillé le 15 juillet un plan qui prévoit entre autres le gel des retraites et la suppression de l’abattement de 10 % sur les pensions. Les travailleurs et les retraités vont faire les frais d’une mauvaise gestion des finances publiques. Déjà en 2018, sous l’effet conjugué de la non-revalorisation des pensions de base, de la sous-indexation de la retraite complémentaire et de la hausse de la CSG, le niveau de vie des retraités avait fortement reculé. Concernant la CSG, rappelons qu’au 1er janvier 2018 plus de 60 % des retraités avaient subi une augmentation de 1,7 point de la CSG en application du programme du Président de la République Emmanuel Macron.
Lors d’une intervention du 27 août 2025, François Bayrou rend les « boomers » nés entre 1946 et 1964 responsables de la dette. Il déclare : « Les premiers bénéficiaires du chaos sont les boomers, en pointant « leur confort ». Cette stigmatisation d’une catégorie de la population est irrecevable, honteuse et délétère. Au lieu d’incriminer les véritables responsables de la dette publique française, on accuse les retraités, une cible facile pour en faire des bouc émissaires. Pour contrer cette fausse accusation, d’aucuns associent la responsabilité du dérapage de la dette à une certaine idéologie politique.
La retraite rétribue des droits acquis par le travail. Pour ceux qui ont travaillé au cours de leur existence, il ne s’agit pas d’une aide sociale mais d’un droit direct acquis en contrepartie des cotisations versées et des validations de trimestre acquis.
Pourquoi un tel acharnement à l’encontre des retraités qui conduit à une « guerre générationnelle »
1. Un acharnement indécent et injuste sur les retraités
Depuis quelques années, les médias et le gouvernement français se focalisent sur les retraités. Ils ne cessent de relater entre autres le poids des retraites dans le budget de l’État.
Il faut cesser de rejeter les retraités : une question de morale et d’éthique
Les préjugés et les comportements discriminatoires envers les retraités sont affligeants. Voulons-nous une société qui n’a plus aucune valeur morale ? Quid du respect des anciens que l’on observe encore dans certains pays et civilisations comme le Japon ? Les retraités sont-ils désormais les mal-aimés ? Comme l'écrit le Professeur Berrut, "la société a besoin de ses seniors".
Que penser d’une société qui rejette les retraités dont certains ont travaillé plus de quarante heures par semaine ? Ces derniers n’ont pas bénéficié du congé parental et des RTT. Ils ne connaissaient pas le télétravail qui permet certaines libertés comme la présence auprès de ses enfants, le repli dans une résidence secondaire en France ou à l’étranger, etc. Ils devaient travailler plus durement pour obtenir des diplômes. Le pourcentage des bacheliers était nettement inférieur à celui d’aujourd’hui (91,8 % en 2025).
Un des principaux reproches qui est fait à nos aînés est d’avoir vécu les Trente Glorieuses que Jean Fourastié qualifie « d’âge d’or » de la société française.
Rappelons aux accusateurs que les « boomers » arrivés en âge de travailler dans les années 70 ont connu un important chômage en raison du premier choc pétrolier de 1973 qui a plongé l'économie française dans la stagflation. Ce choc pétrolier s’est d’abord propagé à l’économie via une inflation galopante. Puis, il a touché la croissance, le chômage, la dette, les balances commerciales. La France est passé d’une croissance moyenne de 5 % par an entre 1950 et 1973 à 2,1 % entre 1973 et 2000. Le taux de chômage qui se situait aux alentours de 1,8 % en moyenne sur la période 1950-1973, n’est jamais redescendu sous les 7 % depuis 1983. C'est l'époque où le Club de Rome s'est rendu célèbre en publiant son premier rapport, le rapport Meadows intitulé "The Limits of Growth" qui aborde le problème de la croissance zéro. Le premier choc pétrolier a servi de catalyseur à une crise plus profonde : les classes moyennes sont entrées alors dans une phase de doutes et d'incertitudes. Un second choc pétrolier, le « plus dur » et lié à la guerre Iran-Irak a eu lieu en 1979. Pas vraiment remise du premier choc pétrolier, la France, comme les autres économies mondiales, est encore soumise à très rude épreuve.
La génération des Trente Glorieuses compte parmi elle des enfants dont les ascendants sont issus de l’immigration. Ces enfants ou petits-enfants d’immigrés ont travaillé dur pour trouver leur place et s’affirmer dans la société française. Leur réussite leur a permis d’avoir une retraite décente. Comment peuvent-ils rester insensibles à ces attaques injustes, viles et méprisables ?
Comme le préconisent Henri Madras et Louis Dirn, « pour la gestion de notre société, il faut arrêter de considérer le troisième âge comme un poids qui en freine l’essor ». Contrairement à ce que pensent certains, ce n’est pas en discriminant les retraités que la France va diminuer de manière drastique sa dette publique et sortir de son climat délétère.
2. Des politiques publiques au centre de la « fabrique de l’assistanat »
Les économistes et hommes politiques disposant d’un niveau de salaire très élevé ou d’une importante fortune mobilière se donnent bonne conscience en prônant et en faisant adopter des mesures d’assistanat.
L’assistanat est trop développé en France
Nous assistons à un rejet de la valeur travail : plutôt que travailler, certains comptent sur les allocations et aides diverses. Les comparaisons internationales révèlent une certaine « exception française ». D'aucuns parlent de la France comme « la patrie des mille et une allocs ! ». La France entretient une culture de l’assistanat.
D’après la vingtième édition du baromètre Workmonitor-Randstad menée auprès de 35 000 travailleurs sur 34 marchés dans le monde entier, « plus d'un tiers des Français interrogés préféreraient rester au chômage plutôt qu'être malheureux dans leur emploi (35 % contre 33 % à l'échelle mondiale) et près d'un travailleur sur deux (48 %) démissionnerait si son emploi l'empêchait de profiter de la vie ».
Alors que nous avons en France un taux de chômage qui se situe aux alentours de 7,5 %, certains secteurs ont du mal à recruter. Le nombre d’emplois vacants reste élevé autour de 300 000. Le secteur hôtellerie-restauration est celui qui souffre le plus de la pénurie de personnel.
Les Français préférant des emplois de col blanc, de nombreux emplois manuels ne sont effectivement pas pourvus. Mais comme dit le proverbe, « Il n’y a pas de sots métiers, il n’y a que de sottes gens ».
La sociologue Dominique Schnapper défend à juste titre l’idée selon laquelle le travail continue à assurer la dignité des individus et à fonder l’essentiel des échanges sociaux malgré la baisse quantitative de la place du travail.
Pour pallier le manque d’effectif, les employeurs se tournent vers les immigrés. Cette immigration a un coût. L’Observatoire de l’Immigration et de la Démographie a publié en février 2025 une note intitulée « Réduire le coût net de l’immigration – 7 milliards d’euros d’économies annuelles » à partir d’un entretien avec Pierre Danon. Ce chef d’entreprise souligne que « La France est aujourd’hui dans une situation extrêmement difficile, comme la plupart des pays européens et que nous devons faire des choix, parce que tout ne peut pas être financé avec nos comptes publics, c’est-à-dire avec notre dette, qui n’a cessé d’augmenter depuis une trentaine d’années. Selon ses estimations, « l’immigration (régulière et irrégulière inclues) représente un coût brut chiffré à 75,1 milliards d’euros pour les finances publiques, sur la base du dernier budget exécuté de l’année 2023. Les principaux coûts de l’immigration (régulière comme irrégulière) sont d’abord dus aux dépenses de santé, aux pensions de retraites et allocations chômage, aux prestations de solidarité, aux dépenses d’hébergement et de logement ».
Pour sauver la France du chaos, il est plus juste de restaurer la valeur travail plutôt que de sacrifier les retraités.
La loi du 18 décembre 2023 pour le plein emploi prévoit l’inscription automatique à France Travail des bénéficiaires du RSA en 2025 au plus tard. Le taux d'inscription atteignait 42% en 2022.
Dans un article intitulé « Le travail : une nécessité impérieuse pour éviter la faillite de la France », publié en mai 2025 sur le site de l’ANDESE, nous rappelions que l’Etat providence doit dépenser beaucoup et sans grande efficacité pour assister ceux qui ne travaillent pas. Il faut valoriser le travail et le mérite et remettre au goût du jour le sens de l’effort.
Pour lutter contre l’aggravation du déficit public, plutôt que s’en prendre aux retraités, pourquoi ne pas agir pour le maintien dans l’emploi des personnes vieillissantes ? En France, l’âge de départ à la retraite, 62 ans et 3 mois, reste dans la fourchette basse. Même après la réforme des retraites de 2023, la France demeure parmi les pays européens où l’âge légal de départ en retraite est le plus précoce. La plupart des Etats membres de l’UE ont un âge légal de départ à la retraite proche de 65 ans. Nombre de Français refusent aujourd’hui de travailler au-delà de 62 ans. A contrario, certains boomers auraient souhaité travailler au-delà de l’âge légal de départ à la retraite qui était de 60 ans., mais ils n’en avaient pas le droit.
En conclusion, la stigmatisation des retraités ne peut que déboucher sur une guerre intergénérationnelle. L'historien anglais Arnold Toynbee écrivait : "La durée de vie d'une civilisation peut être mesurée par le respect et la sollicitude qu'elle prodigue à ses citoyens âgés et les sociétés qui traitent leurs populations âgées avec mépris portent en elles les germes de leur propre destruction ». De même, pour le pape François, « une société dans laquelle il n’y a pas de place pour les anciens porte en elle le virus de la mort ». On a coutume de dire « qu’une société se juge à la manière dont elle traite des anciens ».
La discrimination et stigmatisation liées à l’âge, l’érosion du pouvoir d’achat, le manque de respect et de considération, la fracture générationnelle, incitent certains retraités à quitter leur famille et à s’exiler.
Ce mépris à l’égard des retraités, accusés à tort d’être responsables de l’accroissement de la dette, est révélatrice de l’état d’esprit de certains Français.
3. Glossaire
Assistanat : Le fait d'être aidé, assisté ou secouru par des organismes publics ou privés.
Boomer : Personne née entre 1945 et 1965 environ, après la Seconde Guerre mondiale, période marquée par un baby-boom.Terme également utilisé pour désigner une personne âgée en général.Voir le dictionnaire de l’Académie française, « Dire, Ne pas dire » : article intitulé « Baby-Boomer » ou « Baby-Boomé » de l’Académicien Frédéric Vitoux.
Dette publique : Au sens du Traité de Maastricht, ensemble des dettes contractées par les administrations publiques : administrations centrales, administrations locales et administrations de sécurité sociale.
Droit direct : droit de retraite acquis par une personne au titre de sa carrière professionnelle.
Rapport Meadows ou rapport du Club de Rome : Rapport élaboré en 1972 par les scientifiques du Massachussetts Institute of Technology (MIT) qui annonçait pour la première fois au monde les limites physiques de la croissance économique.
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