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Catégorie : Nadia Antonin
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Dans son ouvrage intitulé « Le pouvoir ravageur de l’envie », Anne-Elise Raveneau écrit : « Rivalités familiales, convoitise, compétition scolaire, imitation, jalousies professionnelles, … Quand l’envie s’immisce dans notre vie, elle peut faire des ravages ».

L’envie n’est pas la jalousie. Pour La Rochefoucauld, « la jalousie tend à conserver un bien qui nous appartient ou que nous croyons nous appartenir ; au lieu que l’envie est une fureur qui ne peut souffrir le bien des autres ».

Dans un article intitulé « La réticence à travailler plus longtemps en France : les causes profondes dont on ne parle pas » (2023), nous avions démontré qu’au lieu d’être un motif de réjouissance, la réussite a tendance à provoquer jalousie et envie. Ce phénomène social, qualifié de « syndrome du grand coquelicot » ou « « Tall Poppy syndrom » en anglais, éprouve ceux qui ont des dons et des talents. Dans le milieu professionnel comme d’ailleurs dans le système éducatif, on va s’acharner à « couper ce qui dépasse ».

Après avoir évoqué les principales manifestations de la jalousie au travail (« les signaux faibles »), nous examinerons les conséquences de ce fléau.

1. Les signaux faibles de la jalousie au travail

Le sentiment de jalousie peut être ressenti par un salarié qui est critiqué ou dénigré par ses collègues ou sa hiérarchie à cause de ses compétences, de son ardeur au travail et de ses succès.

L’article 1152-1 du Code du travail définit le harcèlement moral comme « des agissements répétés ayant pour objet ou pour effet une dégradation des conditions de travail du salarié, susceptibles de porter atteinte à ses droits et à sa dignité, d’altérer sa santé physique ou mentale ou de compromettre son avenir professionnel ».

Le harcèlement moral peut se manifester sous différentes formes, notamment l’humiliation, les critiques incessantes, les insultes et menaces, la « mise au placard », le refus de toute communication, une privation ou au contraire une charge excessive de travail.

Dans un article intitulé « Harcèlement : ce fléau que les entreprises sous-estiment » Danielle Zucker (docteur en psychologie) et Nathalie Leroy (avocate en droit du travail et enquêtrice) rappellent que « le coût du harcèlement pour les entreprises et la collectivité est loin d’être négligeable  :  pertes consécutives à la baisse de la productivité liée aux jours d’absence, impact sur les équipes, turnover, coût direct et indirect du recrutement, impact réputationnel, etc. ». Elles rajoutent que « selon une enquête de l’ANACT/CSA, le harcèlement est en cause pour 31 % des personnes dites « stressées » au travail ou en burn-out ».

Dans le milieu professionnel, le harcèlement vise plutôt les femmes.

Pour qu’il y ait harcèlement, trois critères doivent être réunis : 1) des agissements (interdire à la victime de s’exprimer, l’isoler, la discréditer auprès de ses collègues et dans son travail, compromettre sa santé) ; 2) les agissements doivent être répétés. La répétition est un élément déterminant pour qualifier cette infraction pénale ; 3) des agissements qui ont pour effet une dégradation matérielle, morale et psychologique des conditions de travail.

Dans la plupart des cas, la jalousie au travail conduit à du harcèlement moral qui constitue un délit puni de deux ans de prison et d’une amende de 30 000 euros. En plus de ces sanctions, le harceleur peut être condamné à des sanctions disciplinaires prises par l’employeur pouvant aller jusqu’au licenciement.

2. Les conséquences désastreuses de la jalousie dans le milieu professionnel français

En plus des conséquences négatives sur l’ambiance de travail et sur le bien-être, ce fléau est à l’origine du recrutement et de la promotion d’incompétents

Que faisons-nous pour retenir les talents ? D’aucuns s’efforcent de rester en France pour mettre leurs compétences au service de la nation, mais souvent, leurs talents et leurs compétences sont gâchés et sacrifiés. Quel peut-être l’avenir d’un pays qui sacrifie les talents ? Pourquoi s’acharne-t-on à promouvoir les personnes incompétentes et à niveler par le bas au lieu de mettre en avant la méritocratie ?

Pour lutter contre ce mal français, il faut changer les mentalités. La jalousie au travail doit laisser place à une saine ambition.

Pour conclure, nous rappellerons que la jalousie ne se cantonne pas uniquement aux relations professionnelles. Qualifiée alors de jalousie sociale, elle est à l’origine d’un certain idéal politique qui prône l’égalitarisme, l’assistanat plutôt qu’une aisance financière légitime acquise par le travail.

L’égalitarisme à tout prix est la prime au moins ambitieux, au moins courageux, au moins passionné, en résumé une prime à la médiocrité et à la jalousie qui nuit aux meilleurs. Une société qui développe l’assistanat et qui ignore les talents est en péril.

Le travail reste la véritable source du mérite et de la dignité ainsi que la condition de la prospérité sociale pour les défenseurs de la valeur travail.

3. Glossaire

Mal-être au travail : Sentiment de profond malaise dont les signes caractéristiques sont l’irritabilité, le stress, la perte de motivation, les répercussions sur la santé physique et mentale, les erreurs récurrentes, la fatigue, etc.

Management : Ensemble des activités d’organisation et de gestion de l’entreprise et de son personnel (Source : FranceTerme).

« Tall Poppy syndrom » : Syndrome selon lequel les personnes n’aiment pas et critiquent souvent ceux qui réussissent.

Souffrance au travail : Mal-être, détresse psychologique qui peut conduire à une dépression, un stress-post-traumatique, des troubles mentaux graves, voire aller jusqu’au suicide.

Syndrome d’épuisement professionnel (« burn-out » : « Etat de fatigue extrême, tant physique que mentale, attribué à la profession exercée et aux conditions de son exercice » (source : FranceTerme).

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